Une opératrice me montre son poignet, en fin de poste, sur une ligne de conditionnement. « Ça tire, depuis des mois. » Elle faisait le même geste, des milliers de fois par jour, avec un bac trop bas et une cadence qui ne laissait pas souffler. Les TMS ne tombent pas d’un coup. Ils s’installent, geste après geste, pendant que tout le monde regarde ailleurs.
Les troubles musculosquelettiques, les TMS, touchent les muscles, les tendons et les nerfs, surtout au niveau du cou, des épaules, des coudes, des poignets, parfois du dos et des genoux. Sur une ligne, ils sont le risque le plus sournois, parce qu’ils s’installent lentement. Parmi les risques professionnels, ce sont ceux qu’on repère le plus tard. Voici leurs causes réelles et ce que j’ai vu, ou pas, les faire reculer.
Un enjeu qu’on sous-estime encore
Les chiffres remettent les choses à leur place. Selon le rapport annuel 2024 de l’Assurance maladie (Cnam), relayé par l’INRS, les TMS représentent près de 90 pour cent des maladies professionnelles reconnues en France. Ce sont, de loin, la première maladie professionnelle du pays. Le mal de dos, à lui seul, pèse pour une part importante des accidents du travail.
Derrière ces chiffres de santé au travail, il y a des carrières abîmées et des lignes désorganisées par les absences. Ces risques pèsent autant sur la santé des salariés que sur l’entreprise. J’ai vu des équipes découvrir tard que leur problème de productivité était d’abord un problème de santé au poste.
Les causes, sur une ligne
Un TMS n’a jamais une seule cause. Il naît de la combinaison de plusieurs facteurs, que j’ai appris à repérer ensemble.
- La répétitivité. Le même geste, des milliers de fois, sans variation. C’est le premier facteur sur une ligne.
- L’effort et la posture. Un bras tendu, un poignet cassé, une charge portée de travers, un bac trop bas ou trop haut.
- La cadence et le manque de récupération. Un rythme qui ne laisse aucune pause au muscle pour récupérer entre deux séries.
- L’environnement. Le froid, qui raidit, les vibrations d’un outil.
- L’organisation. Le facteur le plus discret : le stress, le manque de marge de manœuvre, l’impossibilité de varier son geste. On l’oublie parce qu’il ne se voit pas sur le poste, mais il pèse lourd.
Vrai ou faux : ce que vous savez sur les TMS
1. Les TMS sont la première maladie professionnelle reconnue en France.
2. Un TMS a toujours une seule cause bien identifiée.
3. L’organisation du travail (cadence, récupération) est un facteur de TMS.
4. Un bon siège suffit à supprimer le risque de TMS sur une ligne.
La prévention qui marche, et celle qui décore
Ce que j’ai vu reculer les TMS, ce n’est jamais un achat isolé. C’est une démarche. On observe le poste réel, on écoute l’opérateur, on repère le geste qui coince, puis on agit sur plusieurs leviers à la fois. La hauteur du plan de travail, l’approche des pièces pour éviter les torsions, la variation des tâches, une vraie récupération dans la cadence. L’aménagement du poste, que je détaille dans ergonomie du poste de travail, en fait partie, mais il ne suffit pas seul.
Ce qui décore, à l’inverse, c’est l’action unique et visible : le tapis anti-fatigue posé sans changer le geste, l’affiche « adoptez la bonne posture » collée au mur. Ça rassure, ça ne soigne rien. Le risque figure d’ailleurs dans le document unique, et c’est là qu’une action décidée devrait déboucher sur un suivi réel, pas sur une case cochée.
Ce que je ne fais pas
Je ne pose pas de diagnostic médical et je ne conçois pas votre plan d’action TMS : l’analyse d’un poste et la santé d’un salarié relèvent du médecin du travail, de l’ergonome et du service de prévention. Je partage les causes que j’ai vues revenir et les démarches qui, elles, tenaient dans le temps.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’un TMS ? Un trouble musculosquelettique, une atteinte des muscles, tendons et nerfs, surtout au cou, aux épaules, coudes et poignets. Il s’installe progressivement, souvent lié aux gestes du travail.
Les TMS sont-ils fréquents ? Ce sont la première maladie professionnelle en France : près de 90 pour cent des maladies professionnelles reconnues, selon le rapport annuel 2024 de la Cnam relayé par l’INRS.
Quelles sont les causes des TMS sur une ligne ? La répétitivité des gestes, l’effort et les postures contraignantes, la cadence sans récupération, le froid, et des facteurs d’organisation comme le manque de marge de manœuvre. Ils se combinent.
Un siège ergonomique suffit-il à prévenir les TMS ? Non. La prévention efficace agit sur plusieurs leviers à la fois, dont l’organisation du travail. Une action unique et visible rassure sans traiter le fond.
Les TMS restent, parmi les risques d’une ligne, ceux qui exigent le plus de constance.
Sources : Assurance maladie, Cnam (rapport annuel 2024, part des TMS dans les maladies professionnelles), INRS (dossier « Troubles musculosquelettiques »), ameli.fr (comprendre les TMS).
Par Hélène Barbier




