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PC et matériel industriel

Panel PC industriel : le guide de choix

Un écran tactile et un ordinateur dans le même boîtier, fixé là où l'opérateur travaille. Les critères qui comptent vraiment, vus depuis le poste.

Par Didier MercierPublié le 7 min

Main gantée touchant l'écran d'un panel PC encastré dans une porte d'armoire électrique

Un panel PC, c'est l'écran devant lequel l'opérateur passe sa journée. Quand il est bien choisi, on n'en parle jamais. Quand il est mal choisi, on en parle tous les jours : l'écran qu'on ne lit pas à contre-jour, le tactile qui ne répond pas avec des gants, la face avant qui prend l'eau au lavage du vendredi.

J'en ai vu passer beaucoup, du pupitre encastré dans une armoire au petit écran sur bras articulé au-dessus d'un poste de montage. Voici les critères que je regarde, dans l'ordre où ils posent problème sur le terrain.

Ce qu'est un panel PC, et ce qu'il n'est pas

Un panel PC industriel réunit dans un seul boîtier un ordinateur et un écran tactile. On l'encastre dans une porte d'armoire, on le fixe sur un bras, ou on le pose sur un pupitre. Il fait tourner l'interface homme-machine (IHM), un poste de supervision, un logiciel de traçabilité ou une GMAO de terrain.

Ce n'est pas une simple tablette durcie. La différence se voit dans le boîtier, la façon de le fixer, la connectique pour parler aux automates et la durée pendant laquelle le fabricant garantit qu'il pourra fournir le même modèle. Sur ce dernier point, il faut poser la question avant l'achat : remplacer un écran par un modèle différent, c'est parfois refaire une découpe dans la porte d'armoire.

Si vous hésitez sur la différence avec un ordinateur de bureau, notre article sur ce qui distingue un PC industriel d'un PC classique pose les bases.

L'écran : la taille, la lisibilité, l'angle

La taille dépend de ce qu'on affiche et de la distance de lecture. Un synoptique de ligne complet ne se lit pas sur un petit écran. Une simple saisie de quantités, si.

La lisibilité compte plus que la résolution. Un écran trop peu lumineux sous un éclairage d'atelier, ou face à une baie vitrée, devient illisible une partie de la journée. Demandez la luminosité annoncée et, mieux, regardez l'écran en situation avant de commander la série.

L'angle de vue aussi. Un écran fixé haut, lu par des gens de tailles différentes, doit rester lisible quand on le regarde de biais.

Le tactile : résistif ou capacitif

C'est le choix qui fâche le plus souvent, parce qu'on le fait au bureau et qu'on le subit au poste.

Le capacitif

C'est la technologie des smartphones. Toucher léger, multipoint, dalle en verre facile à nettoyer. Mais certains gants de travail empêchent la détection, et des gouttes d'eau sur la dalle peuvent provoquer des appuis fantômes. Certains modèles proposent des réglages pour les gants fins ou l'humidité : il faut les tester avec les vrais gants du poste.

Le résistif

Plus ancien, il réagit à la pression. Il fonctionne avec presque tous les gants et avec un stylet. Le toucher est moins fin, la surface plus sensible aux rayures. Dans un atelier gras ou humide où l'on garde ses gants, il reste souvent le choix le plus tranquille.

Le bon réflexe : faire essayer les deux aux opérateurs, avec leurs gants, leurs mains sales, leur façon d'appuyer. Dix minutes d'essai évitent des mois de grogne.

L'étanchéité : lire l'indice IP correctement

Les panel PC affichent souvent un indice de protection élevé. Il faut lire la ligne entière : très souvent, l'indice annoncé concerne la face avant seulement, une fois l'appareil correctement encastré avec son joint. L'arrière, lui, est prévu pour rester à l'abri dans l'armoire.

Si le poste est lavé au jet, ou si l'écran est monté sur un bras sans armoire autour, il faut un boîtier protégé sur toutes ses faces. Le détail des chiffres est expliqué dans notre article sur l'indice IP65, et la norme de référence est la CEI 60529, publiée par l'IEC.

Les chocs : le code IK, celui qu'on oublie

L'indice IP ne dit rien des coups. Un chariot qui frôle le pupitre, une clé posée trop fort sur la tablette, une caisse qui bascule : pour ça, il existe un autre code, le code IK, défini par la norme CEI 62262. L'échelle va de IK00, aucune protection annoncée, à IK10, le niveau le plus résistant. Ce code a pris la place de l'ancien troisième chiffre de l'indice IP, qui servait autrefois à la même chose.

Sur la fiche d'un panel PC, regardez à quoi le code s'applique. Au boîtier seulement, ou aussi à la vitre de l'écran ? Ce n'est pas toujours écrit, et ce n'est pas toujours la même valeur. Si le poste est en bord d'allée de chariots, posez la question au fournisseur, par écrit. Un écran fendu, c'est une machine qui tourne sans son IHM le temps qu'on retrouve le même modèle.

Le refroidissement : avec ou sans ventilateur

Un ventilateur aspire l'air de l'atelier, et avec lui la poussière, les fibres, les vapeurs grasses. Beaucoup de panel PC sont donc sans ventilateur (fanless) : la chaleur passe par le boîtier, souvent en aluminium à ailettes. C'est plus fiable dans un environnement sale, mais cela limite la puissance du processeur et impose de respecter la plage de température annoncée par le fabricant.

Le piège classique : un panel PC fanless encastré dans une armoire déjà chaude, au soleil, à côté d'un variateur. Il tient sur le papier, il se met à ralentir l'été.

Le montage et la connectique

Trois montages reviennent : encastré dans une découpe d'armoire, fixé par l'arrière sur un support au standard VESA, ou posé sur un bras articulé. Le choix se fait selon la position de l'opérateur, pas selon ce qui est le plus simple à poser pour l'électricien.

Côté connectique, listez ce qui doit être branché : réseau, éventuellement deux ports pour séparer réseau machine et réseau bureautique, ports série pour d'anciens équipements, ports USB pour un lecteur de codes-barres. Vérifiez l'alimentation : beaucoup de panel PC industriels se branchent en 24 V continu, comme le reste de l'armoire.

Le réseau : ne pas faire du panel PC une porte ouverte

Un panel PC reste un ordinateur. Il a un système d'exploitation, des mises à jour, parfois des ports USB en façade accessibles à toute l'équipe. Branché à la fois sur le réseau des automates et sur celui des bureaux, il devient un passage entre les deux. Je ne suis pas informaticien, et je ne vais pas vous dessiner une architecture. Je sais seulement que la question doit être posée avant la pose, pas après le premier incident.

L'ANSSI, l'agence nationale de la sécurité des systèmes d'information, publie sur cyber.gouv.fr un guide consacré à la cybersécurité des systèmes industriels, avec une partie entière sur le cloisonnement des réseaux. C'est la lecture à faire faire à votre service informatique ou à l'intégrateur. Pour le tour d'horizon côté entreprise, notre article sur la protection contre les cybermenaces pose les bases, et celui sur l'architecture d'un SCADA montre où le poste opérateur se place dans l'ensemble.

Les trois questions que je pose avant de valider :

  • Qui fait les mises à jour, et à quel moment, sans arrêter la production ?
  • Les ports USB en façade servent-ils à quelque chose, ou peut-on les condamner ?
  • Qui garde le mot de passe administrateur, et que se passe-t-il quand cette personne est en congé ?

Ma liste avant de commander

  • Quelle application tourne dessus, et à quelle distance l'opérateur lit l'écran ?
  • Quels gants, quelles mains, quel éclairage au poste ?
  • Lavage au jet ou pas, et quelles faces doivent être protégées ?
  • Quelle température dans l'armoire, été compris ?
  • Des chocs possibles au poste, et quel code IK pour la vitre ?
  • Quel montage pour que l'écran soit à bonne hauteur, sans se pencher ?
  • Combien de temps le fabricant garantit-il la disponibilité du même modèle ?

La hauteur de l'écran n'est pas un détail de confort : un écran trop haut ou trop bas fait travailler la nuque toute la journée, et ça se retrouve dans les troubles musculo-squelettiques.

Ce que je ne fais pas

Je ne cite aucune marque et je ne vends rien. Pour un projet, le bon interlocuteur reste l'intégrateur ou le distributeur, avec la fiche technique complète du modèle et un essai au poste. Ce texte vous donne les questions à poser avant l'achat, pas un verdict sur un modèle.

D'autres retours d'atelier sur ce terrain : la rubrique PC et matériel industriel.

Vrai ou faux, vu de la ligne

Panel PC : vrai ou faux ?

  1. L'indice IP annoncé concerne souvent la face avant seulement, une fois encastrée.

    C'est expliqué dans L'étanchéité : lire l'indice IP correctement

  2. Un écran capacitif fonctionne avec tous les gants de travail.

    C'est expliqué dans Le capacitif

  3. Le résistif réagit à la pression et accepte un stylet.

    C'est expliqué dans Le résistif

  4. Un panel PC sans ventilateur supporte n'importe quelle température d'armoire.

    C'est expliqué dans Le refroidissement : avec ou sans ventilateur

À lire ensuite : IP65 : que signifie ce degré d'étanchéité ?

On nous demande souvent

Qu'est-ce qu'un panel PC ?

Un ordinateur industriel intégré derrière un écran tactile, dans un seul boîtier, prévu pour être encastré dans une armoire ou fixé sur un bras près de la machine.

Panel PC ou écran tactile relié à un PC ?

Le panel PC prend moins de place et évite un câble vidéo de plus. L'écran séparé permet de changer l'ordinateur sans toucher à l'écran. Les deux se défendent selon la maintenance que vous voulez faire.

Résistif ou capacitif ?

Le capacitif réagit comme un smartphone mais supporte mal certains gants et l'eau sur la dalle ; le résistif fonctionne avec gants et stylet, au prix d'un toucher moins fin. Le bon choix se fait avec les gens qui vont l'utiliser.

Quel indice IP pour un panel PC ?

Cela dépend du lavage et des projections au poste. Beaucoup de panel PC annoncent un indice élevé pour la face avant seulement : vérifiez ce qui est protégé, et comment il est monté.

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